Fondation Un Coeur

Les particularités du cœur des Wallabies et les moyens de son exploration

Avec la participation du Dr Irène Vonfeld

(Clinicat cardiologie Faune Sauvage et exotique /NAC – Fondation Un Cœur)

 

La Fondation Un Cœur soutient la cardiologie, pas seulement pour les animaux de compagnie, mais aussi pour les animaux sauvages ! Nous vous présentons aujourd’hui Irène Vonfeld, docteur vétérinaire, réalisant un clinicat de cardiologie en Faune Sauvage et exotique /NAC, financé par la fondation, en collaboration avec l’Unité de Cardiologie d‘Alfort à l’ENVA (Pr.Valérie Chetboul), l’association Yaboumba (Dr. Norin Chai), le Museum National d’histoire naturelle (Drs. Dylan Duby et Aude Bourgeois).  Le Dr. Vonfeld  va nous expliquer les particularités du cœur des Wallabies et les moyens de son exploration.

 

1) Pourriez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours pour en arriver jusqu’ici ?

J’ai 24 ans, je suis vétérinaire diplômée depuis juin 2020 de l’université CEU Cardinal Herrera à Valence en Espagne. Avant mes études, j’étais déjà passionnée par la faune sauvage, terrestre et marine.  Pendant mes études, j’ai fait de nombreux stages à travers l’Europe dans des centres qui avaient des mammifères marins, notamment en Irlande dans un centre de soin de phoques mais aussi dans des parcs aquatiques. A la fin de ma 4ème année, je me suis rendu compte que je ne voulais pas travailler uniquement avec les mammifères marins mais que ce qui m’intéressait vraiment, c’était la conservation des espèces et le travail de recherche. J’ai donc centré mes stages de dernière année sur la médecine zoologique. En parallèle, j’ai développé un grand intérêt pour la clinique et notamment la cardiologie. Quand j’ai appris qu’il existait un clinicat cardio-faune sauvage, je me suis dit que c’est ce qu’il me correspond le plus !

 

2) D’où vient votre intérêt pour les animaux sauvages ? Comment en êtes-vous arrivée à travailler avec les wallabies ?

J’ai beaucoup voyagé étant petite et j’ai vécu aux États-Unis. Nous faisions beaucoup de randonnées avec ma famille et j’y ai vu de nombreux animaux sauvages. Je me rappellerai toujours la première fois que j’ai vu des lamantins, en Floride. Quand je suis arrivée à l’école vétérinaire, je savais que c’était la faune sauvage qui m’intéressait. J’ai fait alors beaucoup de stages qui m’ont permis de voir de nombreuses espèces, que ce soit les mammifères marins, les oiseaux ou les mammifères terrestres.

La première fois que j’ai travaillé avec des wallabies, c’était à la Ménagerie du Jardin des Plantes en septembre 2020. Des petits avaient été abandonnés par leur maman, j’ai donc été amenée à biberonner des wallabies tous les jours et c’est là que j’ai vraiment découvert l’espèce ! Les wallabies appartiennent à la famille des macropodidés (famille des marsupiaux comme les kangourous). Ce sont des animaux très intéressants car très différents des autres mammifères.

 

3) Quelles sont les particularités de la prise en charge d’un wallaby ? Est-ce différent d’une consultation avec un chien ou un chat ?

Chez les carnivores domestiques (chiens et les chats), il est simple de réaliser des examens écho-Doppler : ces derniers se pratiquent la plupart du temps en position debout et chez les animaux vigiles. Les wallabies sont des animaux, à l’inverse, très sujets au stress et très prédisposés à la maladie musculaire particulière, dénommée la myopathie de capture : si les animaux sont stressés pendant la capture (pourtant nécessaire aux examens), les muscles vont se contracter énormément et produire beaucoup de toxines, toxines qui vont se retrouver dans le sang en quantité anormale, pouvant faire mourir l’animal subitement.

Lors de la prise en charge d’un wallaby, il faut absolument éviter cela. Il est ainsi préférable de ne pas capturer tous les wallabies d’une même population en même temps pour minimiser le stress, de faire une courte anesthésie par fléchage et de pratiquer des actes le plus rapidement possible.

 

4) Quelles sont les particularités du système cardiovasculaire des wallabies par rapport aux animaux de compagnie ?

Le wallaby est une espèce très peu connue d’un point de vue cardiovasculaire, comme chez les macropodidés en général aussi. Anatomiquement, les wallabies ont un cœur de grande taille par rapport à la taille de leur corps, comparé à d’autres mammifères et ils n’ont pas de graisse interventriculaire, c’est-à-dire entre les deux ventricules du cœur. Cette graisse, chez les animaux de compagnie, permet à l’autopsie d’apporter des informations sur l’état de santé de l’animal de son vivant. En effet, chez un animal en bonne santé, il y a de la graisse interventriculaire. Lorsque l’on autopsie un animal et que cette graisse est absente, on considère qu’il est en mauvaise santé (perte de poids, fatigue musculaire etc). Or, chez le wallaby, cette graisse interventriculaire est naturellement absente, que l’animal soit en bonne ou mauvaise santé. Il s’agit d’un élément à prendre en compte pour les vétérinaires lors d’une autopsie de wallaby, sinon ils jugeront mal l’état de santé de l’animal avant sa mort. Enfin, les artères coronaires sont intramyocardiques ce qui n’est pas le cas chez les animaux de compagnie. Cela signifie que les artères qui permettent l’irrigation du muscle cardiaque, c’est-à-dire les artères coronaires, sont directement placées dans le muscle cardiaque. En général, chez les mammifères, ces artères coronaires sont placées en surface du muscle cardiaque et visibles à l’autopsie, ce qui n’est pas le cas chez les wallabies.

De plus, la fréquence cardiaque des wallabies est assez basse, en moyenne de 40 battements par minute, pouvant néanmoins monter à plus de 150 avec le stress.

 

5) Quels moyens sont à votre disposition pour l’exploration du cœur des wallabies ?

Il y a d’abord l’échocardiographie, qui nous permet de voir la structure et la cinétique du cœur. L’objectif de notre étude à venir sera d’établir des valeurs échocardiographiques et Doppler de référence chez des wallabies sains afin d’aider au diagnostic des maladies cardiaques dans cette espèce (hypertrophie du myocarde notamment).

Comme chez l’homme ou diverses espèces animales, il est également possible de réaliser chez les wallabies  des électrocardiogrammes (ECG) afin d’analyser l’activité électrique cardiaque.

 

6) Quelles sont vos projets pour l’avenir en rapport avec la cardiologie des animaux sauvages ?

Cette année, l’objectif est de réaliser des échocardiographies sur les wallabies de la Ménagerie. L’idée est d’anesthésier ces animaux pour réaliser une échocardiographie et un ECG à chacun d’entre eux et d’analyser ces données afin d’établir des valeurs de référence chez des sujets sains endormis, car ces valeurs non encore décrites, seraient certainement utiles pour comprendre ces morts subites (dont on ne connaît à l’heure actuelle pas vraiment l’origine).

 

7) Quels seraient les perspectives pour la cardiologie des wallabies en captivité ? et dans leur milieu naturel ?

En apprendre plus sur les particularités cardiologiques de ces animaux permettrait de détecter des malformations cardiaques congénitales et, ainsi, de centrer les programmes de reproduction en captivité sur des animaux qui ne possèdent pas de telles malformations susceptibles de se transmettre à leur descendance. Une meilleure connaissance des myocardiopathies est également à espérer, avec amélioration également de leur prise en charge afin de limiter au maximum les complications cardiaques liées au stress.

 

8) Auriez-vous une anecdote marquante à nous raconter ?

En septembre, quand je suis arrivée à la Ménagerie, avec des stagiaires, on biberonnait tous les jours deux petits wallabies. L’un d’entre eux ne se laissait pas faire du tout, il était un peu compliqué alors que le deuxième était, à l’inverse, beaucoup plus docile. Cela m’a touchée de travailler avec ces bébés wallabies, de voir qu’ils avaient chacun des caractères bien différents et qu’ils nous reconnaissaient quand on arrivait. C’était vraiment incroyable de travailler avec eux !

 

9) En quoi la Fondation Un Cœur vous a aidé dans vos projets ?

La Fondation Un Cœur finance mon clinicat, c’est donc grâce à elle que j’ai la chance de pouvoir travailler à l’Unité de Cardiologie d’Alfort et à la Ménagerie. Je suis vraiment très reconnaissante de ce que ces équipes me permettent de faire. La Fondation finance également une partie des jeunes vétérinaires qui travaillent avec moi mais aussi des accords entre la Ménagerie et l’unité de cardiologie d’Alfort ou d’autres institutions comme l’institut Montsouris, ce qui nous permet d’opérer des animaux (chiens et chats principalement) atteints de diverses pathologies cardiaques. Je n’aurais pas pu être là sans la Fondation.

Finalement, on ne connait pas grand-chose de la cardiologie des wallabies, j’ai vraiment hâte de commencer cette étude, de voir si on arrive à répondre à toutes ces questions en suspens même s’il en restera encore beaucoup !

Merci à la docteure Vonfeld pour cette entrevue !

« A Red-necked wallaby, Mount William National Park, Launceston, Tasmania,Related images: »